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Pseudo: ATTOURA BachirCatégorie: Littérature, poésieDescription:
Poèmes et nouvelles
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Samedi 02 Février 2008
De la lucarne de ma cellule
La lune pénètre
Elle traverse une rivière de bleu sans fond
Des étoiles blêmes de désespoir l'accompagnent
 
La lune arrive au milieu de la traversée
Elle m'offre tout son éclat
Je fixe les deux rives
Deux nuages opaques s'imposent
Comme s'apprêtant à l'étrangler
 
Je ne sais si la blancheur de la lune
Cause la noirceur des nuages
Je ne sais si la noirceur des nuages
Cause la blancheur de la lune
 
Je suis frappé par le mal
De ne savoir mesurer
Ce qui me paraissait aisément mesurable
J'ai pris le risque de taquiner l'évidence
 
Dans le désert je me suis égaré
Un verre d'eau douce me paraît
Plus précieux qu'une mine d'or
Dans la mer je me suis égaré
Un bout de terre me paraît
Et mon âme s'emplit d'espoir
 
Qu'est-ce qu'un verre d'eau
Comparé à une mine d'or
Qu'est-ce un bout de terre
Comparé à une vie
 
La valeur de chaque chose
A été figée à tort
Alors que tout se mesure autrement
 
Une épaisse brume se mêle à la lune
Je ne vois pas la lune
La brume ne me la montre pas
Je ne vois pas la brume
La lune ne me la montre pas
Elles ne sont pas opposées
L'une ne peut désigner l'autre
Elles portent le même habit
 
Le ciel se confond au néant
Rien de frappant ou de leurrant
Ne vient m'arracher à l'emprise du sommeil.
publié par ATTOURA Bachir dans: attourabachir
Mardi 29 Janvier 2008
A la neuvième lune on s'endort
Fuyant la nuit du ventre d’Eve
On s’apprête à vivre un long rêve
Dont l'issue n'est que regrets et remords
 
On bouge les mains puis tout le corps
C’est La vie! Un rêve vite s'achève
Les petites voix éclairées s'élèvent
Exprimant les bienfaits et les torts
 
On poursuit l'insaisissable espoir
Qui tant s'éloigne qu'on ne peut le voir
Qui tant grossit qu'on ne peut l'enlacer
 
Un mal altère notre profond sommeil
Nous traverse un frisson qui réveille
Notre instinctive envie de trépasser.
publié par ATTOURA Bachir dans: attourabachir
Jeudi 24 Janvier 2008
A partir du jour où tu m'as accroché
Je te sens te faufiler la nuit dans mon lit
T’emparer de mon gouvernail
Me secouer
Agiter mes tréfonds
Déchiqueter le voile de mon abîme
Laisser déferler toute ma lourdeur
Encre sombre et généreuse
Sur la blancheur des pages dociles
 
Qu'on renonce poésie
A nos rencontres muettes
Que chacun aille chez les siens
Rompre son silence
 
Je n'aurais pas souhaité
Qu'on se sépare poésie
Si tu ne t'étais pas manifesté
En plein jour
Partout tu me coinces
Dans une salle de bain
Au fond d'un café
Sur le siège d'un bus
Sur un trottoir
Au bord de la mer
Au bord de la folie
 
Et quand mes lèvres remuent
Pour te cracher
Ou les tiennes remuent
Pour me cracher poésie
Les passants nous fixent
Moqueurs
Me blessent
Te blessent
Et chacun de nous vomit l'autre
 
Qu'on renonce poésie
A nos rencontres muettes
Que chacun aille chez les siens
Rompre son silence.
publié par ATTOURA Bachir dans: attourabachir
Vendredi 11 Janvier 2008

Un homme en tenue civile, paraissant sûr de lui, pénétra dans l’avion d’une manière fracassante et fort désapprouvée par les « têtes dures ». Il empoigna brutalement par le bras le premier passager qui le trouva sur son chemin :

-- Descendez ! Descendez !

Les passagers et les agents se mélangèrent ; arrivèrent aussi les responsables de la Compagnie. L’appareil pullulait de gens. L’homme qui semblait sûr de lui exhiba son identité :

-- Je suis le commissaire ! Je vous ordonne de quitter l’avion immédiatement !

-- Un autocar pour rentrer chez-nous !

-- Vous avez le choix : ou bien vous quittez l’appareil et vous aurez tous vos droits, ou bien on vous  évacue de force et vous n’aurez aucun droit !

Tout le monde s’exclama :

-- De force !

-- Oui de force ! Et il risque d’y avoir des blessés !

-- Des blessés !

-- ça dépendra de vous, c’est à vous de choisir !

-- Tuez-nous alors ! Et puis après ! Nous avons acheté nos billets à la Compagnie pas à la poilce.

Un responsable de la Compagnie, lui aussi talkie-walkie à la main, pensant sans doute se débarrasser de cette affaire avant le départ du Président de la République pour sa visite au Maroc, tenta sa chance :

-- Bon, on mettra à votre disposition un car.

-- Mais qu’est-ce qu’il nous prouve que c’est vrai ?

-- Je suis dans mon bureau, vous pouvez venir me voir…

Et profitant du silence des passagers, il enchaina:

-- Descendez, nous vous paierons le petit déjeuner au Self-service puis nous contacterons un transporteur pour le car ; sinon…

Les « têtes dures » se dévisagent, s’observent, cèdent.

Tout le monde prit comme promis son petit déjeuner. On se murmurait : «  Il ne faut pas se disperser ; il faut rester ensemble ».

Neuf heures. Rien. « Ils nous ont roulés, pensai-je ». Nous nous regroupâmes dans la salle d’attente. Les visages fanés par la fatigue, ne pouvaient plus dissimuler cette expression où se mêlaient impuissance, dégoût et énervement. Le désespoir prenait petit à petit du terrain en nous. Chacun se vantait d’avoir les moyens pour partir chez lui mais ne restait avec le group que par solidarité.

Les responsables de la Compagnie, l’air soucieux, vinrent nous rassurer :

-- Vous avez votre car, il est ici, mais nous avons maintenant un problème de chauffeur…

On attendit.

On ne pouvait plus attendre. Deux éléments du groupe allèrent se plaindre au Ministre qui était sur les lieux pour préparer le départ du Président et trouver une solution à la grève. Ils revinrent peu après et nous informèrent que le Ministre leur avait répondu qu’il y aurait peut être des vols à…seize heures ; qu’il ne pouvait rien faire pour nous pour le moment.

Nous quittâmes alors la salle d’attente et nous nous dirigeâmes vers la piste. Les agents de l’ordre ne tardèrent pas à intervenir pour nous en chasser. Gentiment. Tout le monde retourna à la salle d’attente. J’en profitai pour aller téléphoner. La chaine ; le regard meurtrier de celui qui attend son tour ; le niet à l’autre bout du fil.

Le  soleil, dépourvu  du vent glacial du dehors, s’infiltrait à travers l’immense vitre de la salle et m’offrait ses rayons comme des seins qu’absorbaient voluptueusement mes os profondément pénétrés par le froid de la veille.

Une autre tentative d’occuper la piste échoua mais déchaina une dispute entre un passager et un agent de l’ordre. Le commissaire qui était monté le matin dans l’avion arriva. On lui rappela sa promesse, il demanda au groupe de patienter encore.

Onze heures. Le véhicule est là. Quelle joie ! Il ne ressemblait pas à ceux qui sillonnaient interminablement les pistes de l’aéroport et qui semblaient domestiqués. Notre autocar est plein de sièges veloutés, et sur les cotés, étaient accrochés des rideaux où se mêlaient les couleurs de la patience, de la souffrance et de l’entêtement.

Nous montâmes, l’un après l’autre, sans bousculade. Chacun tenait à donner une belle image du groupe. El-Hadja, qui avait enduré avec nous toutes les souffrances, oubliant qu’elle avait encore près de sept heures de voyage par route, lança du plus profond de son être un you-you strident qui fit retourner et étonner tout l’alentour. Car nul n’espérait une expression de joie.

Tous le monde était gai ; Il n y avait pas de perdant. Apaisés, comblés, nous ne pouvions dissimuler notre satisfaction…La même satisfaction se lisait sur les visages des responsables de la Compagnie, des agents de l’ordre, et d’autres…

Rien n’expliquerait cette béatitude générale si on s’était permis d’exclure la fièvre tenace d’entamer une ère nouvelle dans le pays.

Nous arrivâmes à dix-neuf heures à Oran. En cours de route un passager était descendu du car, nous avait acheté deux morceaux de zlabia. Ils furent partagés entre les quarante-trois passagers. La part de chacun dépassait de très peu la grandeur d’un maigre ver de terre.

Fin.        

 

publié par ATTOURA Bachir dans: attourabachir
Jeudi 10 Janvier 2008
Un enfant, le seul qui restait à bord, pleurait, toussait ; son père s’inquiétait. La femme médecin ausculta le petit garçon et demanda qu’on apporte la boite à pharmacie. On ne la trouva pas. Une autre femme descendit alors de l’avion et alla chercher des médicaments. Elle revint peu après bredouille.
La maladie de l’enfant fait revenir à bord l’intérimaire du chef d’escale et ses collaborateurs. Le commandant revint aussi mais seul ; le reste de l’équipage s’était certainement lassé de supporter l’obstination du singulier groupe.
Le moteur redémarra, l’intérieur de l’avion s’illumina et la climatisation fut activée. On demanda au commandant où était la boite à pharmacie.
-- Il n y a pas de boite à pharmacie, les autres l’ont emportée avec eux.
-- On n’emporte pas la boite à pharmacie quand on quitte l’avion, s’écria un passager.
-- Ne vous énervez pas, le calma un autre en ironisant, elle ne contient rien du tout, elle ressemble à celle d’un taxi.
Le commandant perdit tout d’un coup son sourire, son visage s’assombrit. Une dispute éclata entre lui et le passager qui se moquait. Ils arrivèrent aux mains, s’accrochèrent ; tout le monde était contre. Vite, on les sépara.
Une ambulance fut appelé, elle emmena la femme-médecin chercher les médicaments. Elle revint peu de temps après, nous informa qu’elle n’a rien trouvé à l’aéroport mais qu’elle s’est débrouillé quelque part de quoi calmer le mal de l’enfant.
Elle lui administra une injection qui vite l’endormit. Le calma se réimposa.
Le chef d’escale par intérim tenta encore de nous convaincre mais en vain. Les passagers lui exigèrent cette fois un autocar pour les transporter directement chez-eux. Il s’en alla pour ne plus revenir.
Le commandant de bord, fort sympathique, ressurgit. Il avait retrouvé son sourire habituel. Il semblait déjà regretter son emportement. Il s’efforçait de s’en excuser mais pas ouvertement ; son orgueil paraissant l’empêcher.
Nous lui posions des questions sur le pilotage, sur la grève et notre inconfortable situation. Il nous répondait aisément. Il nous fit savoir encore une fois que nous perdions notre temps, et qu’il n y aura pas de vol le matin. Il nous expliqua aussi que s’il avait décollé sans l’avis du mécanicien il aurait risqué la perte de sa licence.
-- Et puis après ? Vous avez un bon métier, vous pouvez aller travailler à l’étranger, vous serez payé en devises.
-- Non ! Je ne suis pas un mercenaire ; l’argent n’est pas tout. J’aime vivre parmi les miens, au sein de ma famille et mes amis. J’aime mon pays ; je sais qu’il y a beaucoup de problèmes mais…
-- C’est du bluff, lança quelqu’un du fond de l’avion.
A une centaine de mètres de nous, un avion s’apprêtait à décoller. Il partait à Djeddah. Il avait une heure de retard. «  C’est à cause de vous, nous dit-on ».
-- Et pourquoi le service technique vient d’assister cet avion ?
-- Des passagers sont allés chercher le mécanicien chez lui, nous éclaira le commandant.
-- Ce mécanicien ne peut-il pas nous aider ?
-- C’est trop tard, je suis seul à bord, il n y pas d’équipage.
Le commandant ne put plus tenir. Il distribua les cinq couvertures qui se trouvaient dans l’appareil, montra à un passager ce qu’il y avait dans le réfrigérateur puis alla arrêter le moteur qui tournait encore avant de quitter l’avion. Définitivement. Il était trois heures du matin ; nous fûmes replongés dans l’obscurité. Le froid nous regagnait.  
Quelques passager rigolaient, racontaient des blagues qui élevaient, ça et là, des éclats de rire. D’autres dormaient profondément. Les deux policiers chargés de notre surveillance se blottissaient dans leurs sièges à l’arrière de l’avion.
Il commençait à faire très froid, je n’arrivais pas à fermer l’œil. J’attendais impatiemment le matin et la fin de cette drôle histoire.
L’aube. On retira du réfrigérateur les cinq bouteilles de limonade et deux citrons. Ce qu’il contenait. La boisson fut distribuée entre les passagers. Tous les passagers. Le serveur nous versait quelques gouttes au fond de nos verres. On se débrouilla peu après une bouteille de…café et quelque croissants ; le tout fut partagé de la même façon.
Je brulais de fumer une cigarette. Mais nous nous étions interdit de fumer par mesure de sécurité. Cette interdiction ne tint pas longtemps. Je fus ravi de constater que quelques passagers ne la respectaient plus ; je sortis alors mon paquet d’« Afras ». J’allumai une cigarette ; j’en tirai mes bouffées avec un plaisir inégalable. Et je sentis comme si la fumée me réchauffait de l’intérieur.
Le groupe perdit encore trois membres de son nombre. L’enfant malade, son père qui s’était excusé avant de partir, et la jeune fille qui la veille était devenue folle de rage. Il restait quarante trois passagers parmi lesquels la femme médecin, une vieille femme qu’on avait nommée « El-hadja », une jeune fille seule, entièrement indifférente, qui avait dormi toute la nuit sans broncher ; et l’épouse de l’homme aux belles moustaches.
Un mélange de solidarité, de sympathie, de confiance, régnait au sein du groupe. On agissait comme si on se connaissait depuis longtemps. Chacun trouvait une certaine assurance auprès des  autres, une certaine sécurité.
Sept heures et demie. Deux autobus-navettes, d’une largeur exagérée, confortant leur laideur, stationnèrent près de l’avion. Une armée d’agents de l’ordre en descendirent, les uns en uniformes, d’autres en tenues civiles, talkies-walkies à la main. L’avion fut envahi.
A suivre…
publié par ATTOURA Bachir dans: attourabachir
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