Présentation

attourabachir

Pseudo: ATTOURA BachirCatégorie: Littérature, poésieDescription:
Poèmes et nouvelles
Recommander ce blog
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10    
Mercredi 21 Mai 2008

Hier, après la disparition temporaire de dzblog, nous nous sommes sentis comme perdus; chacun cherchait à s'aggripper au groupe. Tant qu'il est temps, j'ai pensé à nous trouver un refuge en attendant que les choses s'améliorent. Un refuge où chacun de nous peut écrire et commenter. Je ne suis pas très fort en informatique, c'est pourquoi j'ai opté pour la simplicité. J'ai alors crée un groupe nommé Dzblog auquel chacun de nous peut adhérer en s'inscrivant en quelques minutes! on pourra ensuite améliorer l'apparence de ce groupe. je vous salue!!!!!!!!  Voici le lien:   http://www.blog.fr/group/dzblogg

publié par ATTOURA Bachir dans: attourabachir
Mercredi 14 Mai 2008

   Ecraser une fourmis ne me parait pas drôle. Mais passer un bon bout de temps à penser à l’arrêt brusque de l’existence de la minuscule bête, à l’anéantissement de ce corps animé me semble exagéré.

 

 
   Ne pas supporter les pleurs d’un enfant battu, la mort d’un brave laborieux dans la pauvreté, la cruauté de ceux qui sèment ça et là la tyrannie et s’approprient les libertés, la main tendue d’une femme sans ressources scrutant les visages des passants pour y déceler une pincée de pitié, la main d’un noyé, tremblante, atteinte jusqu’à l’abîme par l’indifférence…ne pas supporter cela pourrait être le sentiment éprouvé par beaucoup de gens. Mais me sentir un peu responsable de ce désordre et en souffrir m’est inadmissible.

 
   Il m’est possible de citer un tas d’exemples où je ne peux nier ma complicité alors que les faits se déroulent hors de ma portée.

 
   C’est pourquoi je m’invite parfois à un face-à-face avec moi-même. Je m’en sors toujours avec la même certitude : c’est la faute aux êtres humains et…j’en suis un. Je contribue donc à cet amalgame que tout le monde rejette…que je rejette. Je contribue en y mettant un peu de mon égoïsme, de ma jalousie, de mon hypocrisie. Et me trouvant face à face avec moi-même, je me vois comme une goutte de pluie, une toute petite goutte qui semble inoffensive mais qui donne en réalité la force au fleuve de déborder et dévorer les rives qui ne se lassent guère de reprendre confiance chaque fois que les eaux se retirent.

 
 Oui je suis complice même en ne causant aucun tort aux autres, car en évitant de nuire je me laisse faire et nourris de ma passiveté les appétits voraces.

 
   Mais que faire mon Dieu ? Une idée ! Pourquoi ne pas nous unir, gouttes que nous sommes, pour donner à ce monde un visage parfait ? Que je suis bête ! Pour que le monde soit parfait il faut…il faut…il faut qu’il soit imparfait ! 
publié par ATTOURA Bachir dans: attourabachir
Jeudi 08 Mai 2008
   Comme il y a des moments de folie dans le monde des sages, il y a des moments de sagesse dans le monde des fous. Si Zoubida est sage elle vit aujourd’hui ses moments de folie. Et si elle est folle elle vit aujourd’hui ses moments de sagesse. L’essentiel, zoubida d’aujourd’hui n’est plus celle d’hier.
   Parfois un simple incident, une rencontre hasardeuse peuvent être la cause d’un grand tournant dans notre existence. Il suffit d’échapper à la monotonie et se soustraire à l’habitude pour découvrir d’autres sentiers qui nous mèneraient vers d’autres contrées ; des endroits ailleurs ou en nous-mêmes, couverts par une brume où se mêlent notre ignorance et notre indifférence. Il suffit parfois de nous tromper de rue et toute notre vie se bouleverse.  C’est le cas de zoubida ce jour.
   Elle ne pense plus, aujourd’hui, à ses lettres bien enfouies dans son précieux coffre, car ce qui l’occupe s’était ancré en elle bien avant qu’elle commence à écrire. Elle ne ressent plus les douleurs de ses blessures suite à sa chute de l’autre nuit. Et pourtant, il y a quelque temps, elles lui faisaient si mal ; elle craignait qu’elles n’allaient pas vite se cicatriser, surtout la trace laissée par les griffes de Kabouya, ce chat qu’elle a toujours adoré ; rien d’étonnant, les plus douloureuses des blessures viennent de ceux que nous aimons le plus.
   Elle ne pense plus à la tentative de vol dont elle a été victime ces derniers jours, ni aux cauchemars qu’elle vivait presque chaque nuit. Et la mort tragique de Hamoud, qu’elle aima elle ne sait comment, a marqué la fin d’une période sur laquelle elle aurait passé l’éponge si le passé s’effaçait.  
     Aujourd’hui, Une autre plaie s’est ouverte en elle. S’est rouverte en elle. S’est ravivée.  Elle n’avait jamais cru qu’elle le reverrait un jour ; surtout ici, dans cette grande ville regorgeant d’anonymes. Elle l’a vu ce matin ; non loin de chez-elle, là bas en face dans le jardin, assis sur un banc, il tendait la main aux passants. Elle l’a même touché en lui donnant un billet de deux cents dinars. Elle a caressé un moment la main qui lui fut autrefois interdite. En empoignant le billet, il leva les yeux et commença à prier. Aucune prière n’égalerait pour Zoubida la douceur de ce regard redécouvert par hasard. Il ne la reconnut pas. Elle ne lui reprocha rien car ça fait bien un demi-siècle qu’ils ne se sont pas revus. Et même avant ils se voyaient rarement, les rencontres entre filles et garçons, après l’âge de la puberté, étant interdites dans leur village. En ces temps, les yeux parlaient pour dénoncer les interdits mais aussi pour déclarer les passions.
    Dans le brouhaha de la rue, elle reconnut sa voix. Il y avait encore cette résonance juvénile ; comme si on l’appelait de là bas, de son passé, de son adolescence. Elle revint sur ses pas, le dévisagea, redécouvrit Bakri, pas un brin de doute ne demeura en elle.  Sa solitude, surprise, comme jalouse, craignant une rivalité certaine, la tirait du bras pour l’éloigner de lui. Elle s’en éloigna. Elle avait besoin d’un moment de répit. Elle rentra vite à la maison en oubliant même d’acheter le ton pour Kabouya. Elle devait attendre Boualem pour le charger de la commission.
  Zoubida se plante à sa fenêtre. Il est encore là, tendant la main pour nourrir son ventre. Une main qu’il ne tendait autrefois que pour l’étreindre et alimenter son cœur. Elle ne veut maintenant  ni perdre de vue Bakri, ni trop s’approcher de lui ; une situation paradoxale. Elle n’arrive pas à se faire comprendre. A se comprendre.
     C’est avec lui qu’elle fugua toute jeune. Tout le village fut lâché à leurs trousses, il fut rattrapé et elle s’en échappa. Définitivement. Elle se jeta alors dans les bras du Destin qui la malmena un temps, puis vint un moment ou elle fut délivrée, elle ne sait comment, de son errance. A partir de ce jour elle commença à croire fermement à la chance. Elle vit actuellement dans l’aisance grâce à sa bonne pension et ses économies accumulées au cours de sa longue vie professionnelle.
    Enfin, Voilà quelqu’un qui donne l’aumône à Bakri. Le jardin d’en face commence à se vider, elle le distingue en ce moment, entrevoit même les traits de son visage, mais ceux d’autrefois. Elle les imagine. Elle se demande comment cet homme qu’elle avait tant aimé est devenu mendiant ; Pourtant il avait toutes les qualités pour réussir. Il a su autrefois acquérir son cœur pas à pas… Mais ce monde n’est pas juste sinon il serait un paradis.
    Voilà une femme qui donne l’aumône à Bakri. Zoubida refoule difficilement un sentiment de jalousie en voyant de loin, ou en croyant voir, la main de la bienfaitrice frôler celle du mendiant.
 Miaou ! Le chat réclame son repas, comme s’il avait pressenti la présence de Boualem devant la porte. Ça sonne ! Zoubida ouvre :
 -- Ah c’est toi Boualem, Je t’attendais !
-- Tu as besoin de moi, demande-t-il, l’air inquiet ?
-- Je vois que tu ne vas pas bien ?
-- Non, non, Je vais bien…
-- Tu vas acheter du ton pour Kabouya puis…
-- Quoi ?
-- Tu vois ce mendiant, là bas ? Tu vas lui donner cette nourriture.   
Boualem ressort, intrigué par le changement subite du comportement de Zoubida. Il se demande d’où lui vient soudainement cette générosité. Il doute même qu’elle joue la comédie pour l’apitoyer et lui tirer la langue, le faire parler du vol de l’autre jour. Le soupçonne-elle ? Il ne sait que répondre.
Après avoir acheté le ton, Il arrive maintenant  à proximité de Bakri, pose devant lui le sac de nourriture.
-- O merci mon fils !
-- Il faut manger vite, j’attends ici pour reprendre les assiettes.
-- Oui mon fils, je ne vais pas te retenir longtemps, j’ai une faim de loup, répond le mendiant en étalant devant lui un morceau de carton.
Boualem meuble son temps en contemplant les passants. Chahra, flamboyante, l’allure ferme, la poitrine élancée, le regard figé sur un rêve, surgit de l’autre coté du jardin public. Il se détourne, se dissimule ; il n’accepte pas qu’elle le trouve en une si mauvaise posture. Il entend ses pas s’approcher, s’approcher, son parfum l’envahit. Elle passe, le soulage. Il croit même voir un œil du mendiant se détacher et la suivre. Non, ce n’est qu’une illusion ; le vieil homme ne semble croire à aucun espoir ; il s’occupe plus de son ventre que de son cœur…
 -- Tiens ! mon fils, voici les assiettes ! Merci !
  Puis, il enchaine :
-- Vous n’avez pas une ancienne couverture à la maison ?
-- Pourquoi faire ?
-- Je vais passer la nuit ici, au jardin, et il fait froid…
-- Je vais voir Zoubida, dit Boualem en s’éloignant en courant.
-- Zoubida ! Zoubida ! se répète le mendiant en soupirant ; pourquoi mon enfant éveilles-tu mes souvenirs ?
 
Kabouya miaule ! Zoubida court la porte, Boualem est là.
-- Donne le ton ! Ma chère bête crève de faim !
-- Il a besoin d’une couverture.
-- Qui ? Le chat ?
-- Non, le mendiant ; il passera la nuit dans le jardin.
La vieille femme demeura un moment pensive puis lui demanda :
-- C’est toi qui lui as suggéré ça ?
-- Non ! Non !
-- Bon ! La monnaie, tu l’as gardée hein ?
-- Comme d’habitude, dit Boualem en souriant ; mes amis m’attendent, je dois partir…
Au moment où il allait sortir, elle l’interpelle d’une voix inhabituelle :
-- Tiens ! Donne-lui cette couverture.
 
    La nuit arrive ! Zoubida se remet à la fenêtre. Elle n’a rien préparé pour le diner. Elle n’a pas faim. Elle regarde de loin les ténèbres envahir Bakri, faisant de lui une masse sombre et sans contours. Parfois, il se confond au feuillage du jardin. Et parfois, l’éclair qui annonce un proche orage l’illumine. Quand elle baisse les yeux, c’est en elle que se poursuit la contemplation. Elle est ici seule dans le chaud, il est là bas seul dans le froid ! Ils voulaient de tout cœur s’unir quand ils avaient tout l’avenir devant eux ! Pourquoi ce désir ne se fait plus ressentir au moment où le risque de tout perdre n’est plus à courir. Ils sont déjà perdus. Ce désir ne se fait plus ressentir ? Zoubida doute, son cœur insensible depuis longtemps se révolte. Elle sourit en fixant les nuages. « Si nous n’avions pas eu la chance de commencer notre vie ensemble, pourquoi ne pas la finir ensemble ? »
   Elle ne sait pas pourquoi elle à peur aujourd’hui ; elle qui a toujours su trancher. La vie lui a tout appris ; elle devine les intentions des gens et leur crache sa franchise à la figure. Elle est restée seule mais libre. Elle ne sait pas pourquoi elle est gagnée maintenant par cette impuissance de décider ; doit-elle ramasser son ami d’enfance dont la vie se brise là-bas, dans la nuit ? Elle semble craindre la révolte de sa Solitude et la perte de sa liberté.
   Elle se retourne. Elle a senti comme si une main s’était posée sur son épaule. Et c’est en fermant les yeux qu’elle le voit. Bakri la tirait à lui dans leur refuge, la main de l’adolescent tenait la sienne, il lui demandait de retenir sa respiration pour ne pas attirer les chiens des gens qui les cherchaient.  Mais les chiens vinrent ; il les détourna, se sacrifia pour la sauver…
   L’obscurité s’intensifie, pénètre dans le jardin, se case partout, se répand sur les allées, enveloppe les troncs d’arbres, se faufile dans les feuillages, se moquant des faibles éclairages des réverbères aveuglés par la poussière. Il commence à tonner au loin, Zoubida regarde la silhouette de Bakri se déplacer tel un fantôme sous la lueur de l’éclair, afin de chercher comme autrefois un refuge, mais pour s’abriter cette fois de la pluie et du froid. « Et pourquoi ne pas l’abriter en le considérant comme étranger ? » se demande-t-elle ?
   Sa Solitude se tait comme apitoyée par un cœur qui n’a pas aussi bellement palpité depuis si longtemps, qui semble fredonner une étrange chanson et parler un curieux langage : Si les corps sont finis les âmes n’ont pas d’âge.  
   Zoubida aménage un lit au garage, une solution sage qui semble satisfaire tout en elle, et court pour amener Bakri avant que n’éclate l’orage.
publié par ATTOURA Bachir dans: attourabachir
Vendredi 25 Avril 2008
      Que dire ? J’ai gardé le silence ces derniers jours. La maladie, pas très grave, il faut le souligner, conjuguée à ma paresse habituelle, m’a empêché de participer pleinement à Dzblog. Je me contentais de poster mes anciens écrits pour montrer que j’existais encore. Mais tous les jours je venais lire les articles des bloggeurs. Je ne laissais pas de commentaires certes. Je me voyais m’enfoncer vers le bas du classement, je m’en réjouissais ; car j’y voyais une certaine justice. Et puis je suis amoureux de l’ombre ; on  est plus libre loin des lumières. J’avoue que ce n’était pas là un choix ; même au fin fond, il faut se trouver une consolation, un brin de bonheur, et ne pas s’abandonner au désespoir.
     C’est la disparition de Dzblog qui me fait intervenir aujourd’hui. C’est une disparition pure et simple, c’est comme ça que je le conçois. Rien ne manquait à ce site, à cette plateforme ; personne ne s’en plaignait sérieusement ; et voilà qu’on nous annonce une fermeture pour amélioration. Une chanson que tout le monde connait. Je présenterai mes excuses si le contraire se produit. Je ramperai aux pieds des décideurs pour implorer leur pardon.
     Je ne sais pas si c’est une question d’argent pour maintenir Dzblog. Si s’est le cas, n’avons-nous pas le droit, nous qui continuons  à nous considérer comme enfants de ce pays, de bénéficier  d’un budget pour la gestion d’un petit site internet ? Je n’aime pas les certitudes, mais j’ose dans ce cas en être amoureux et déclarer que ce budget n’égalerait même pas le dixième, voire le centième du montant qu’on alloue pour une nuit à un chanteur importé (avec tous mes respects à l’artiste). Pourquoi ne garde-t-on pas ce champ de libre expression pour donner l’occasion à nos propres artistes de s’épanouir,  Les fous de se défouler, les mères s’entretenir pour l’éducation de leurs enfants, les jeunes gens se découvrir, les politiciens débattre, les écrivains se faire connaitre, les immigrés de vivre avec nous…il y avait …. Il y a de tout dans Dzblog. Nous y assistons aux naissances, aux décès…Nous assisterons au dernier décès le 15 mai…
     Si la disparition de dzblog est due à une question de politique, thèse à laquelle beaucoup de gens adhèrent, je dirai au décideurs qu’ils se trompent en ouvrant tout grand le chemin pour les enfants de ce pays pour aller étaler nos intimités ailleurs, comme se sont exportées nos matières grises, comme se sont jetés nos enfants dans les océans et les mers. Les dirigeants doivent nous écouter, ici, à Dzblog. Certes, nous n’avons pas toujours raison. Il arrive qu’on insulte les symboles de ce pays, comme ne le feraient jamais les français et les américains pour leurs propres pays, d’ailleurs réputés libres et démocrates. Mais la majorité des bloggeurs est contre les insultes gratuites. Dans tous les cas, un dirigeant doit s’attendre à des critiques ; ne devra pas les craindre s’il est honnête. Nous venons juste d’avoir ce bout de liberté, nous allions nous y habituer et les choses se tassaient, s’harmonisaient.  Alors que celui qui a décidé de fermer dzblog, car il y en qu’un, c’est celui qui y a pensé le premier, prenne sur sa conscience tout le mal qu’il nous a causé.   
publié par ATTOURA Bachir dans: attourabachir
Samedi 09 Février 2008
Elle ne lui téléphone plus, ni ne répond à ses appels. Il ne trouve aucune raison qui justifie ce silence. Il vient de faire revenir des souvenirs à la surface de sa mémoire et vérifier la teneur de ses propos lors de leurs récentes rencontres ; rien de blessant. Il la connait maintenant depuis des années. Il la connait orgueilleuse, têtue, capable de claquer une porte à la face de n’importe qui. Mais, hormis ses moments d’énervements, elle est tout le temps gaie, enjouée, esquissant en permanence un sourire innocent qui met le plus méfiant en confiance et guérit la timidité.
Elle bouclera à la fin de cet hiver son vingt-sixième printemps. Elle ne pense pas au mariage mais au choix du mari. Le voisin qui ne cesse de l’implorer lui paraît trop gosse, quoique plus âgé qu’elle. Et puis, elle ne souhaite pas se marier dans son petit village natal. Le mariage n’a pas un véritable sens s’il n’est pas source d’un profond changement. On y part pour d’autres êtres, pour d’autres lieux. Elle rêve des bienfaits de l’anonymat des grandes villes. Parfois son espoir ose aller au-delà des frontières. Elle est si sûre de sa personne, elle tire cette assurance des éloges de l’alentour. 
 Elle ne téléphone plus, ni ne répond à ses appels. Il ne sait pas pourquoi il n’arrive pas à oublier comme d’habitude les gens qui le boudent. Il a été toujours libre, indépendant, durant son demi-siècle de vie. Il a toujours cru qu’il était maître au sein de sa famille. Il permet à sa femme de s’exprimer pleinement, il encaisse en silence quand elle a raison mais réagit fermement quand il se sent injustement piétiné. Il arrive à supporter les tracasseries de ses enfants en se remémorant ses propres folles imprudences quand il était gamin. Il cassait tout sur son chemin, il s’enfuyait de l’école, volait de l’argent à ses parents, et faisait pipi au lit toutes les nuits.
Au fil de leurs rencontres, elle se révélait de plus en plus à lui. Elle aime avoir un compagnon pour sa vie comme lui. Elle aime avoir des enfants comme les siens. Elle le trouve discret et compréhensif, c’est pourquoi elle lui faisait part du moindre ennui, du moindre mal, le sachant réconfortant. Et amusée elle lui racontait ses nuits passées au téléphone avec des inconnus. Le portable à transformé son mode de vie, lui a permis de braver sans risque quelques tabous, s’exprimer pleinement, se faire entendre quelque part, connaitre d’autres gens et les écouter à en rougir.
Il frappe à sa porte. Comme d’habitude, heureuse de le voir, elle l’embrasse et l’invite à s’asseoir dans la grande salle assombrie par des rideaux rouge sang. Il lui reproche, l’air amusé, d’avoir ignoré ses appels ces derniers temps. Elle répond sans convaincre :
-- j’en ai assez du téléphone ; je ne parle plus à personne.
-- Et pourquoi ?
-- Je vais te préparer le café !
-- Non je ne suis que de passage
-- Reste avec moi un peu ! Je vais te préparer le café !
Bizarre ! Il trouve qu’elle a beaucoup changé en si peu de temps, en moins d’un mois. Il la regarde se diriger vers la cuisine d’une allure tout autre, comme celle d’une fille qui se sent vide et croit n’avoir rien de valeureux en elle à exhiber.
Il pense en attendant le café à cette curieuse situation. La jeune fille s’est attachée à sa personne mais elle sait, comme lui d’ailleurs, qu’il n y aura aucune issue à cette relation. Une relation qui se situe à mi-chemin entre l’amour et l’amitié. Il a presque le double de son âge ; il est marié et père de beaucoup d’enfants. Elle est à la fleur de l’âge et rêve comme toute fille d’avoir un homme à ses cotés. Un autre homme. Elle n’a certainement pas besoin de quelqu’un qui ne croit pas qu’avoir une maison, une femme et des enfants , équivaut à vivre pleinement. Il aime appartenir à tout le monde pour que tout le monde lui appartienne. Il aime déserter momentanément sa famille pour aller s’adonner ailleurs à son plaisir de bien faire, de chercher le besoin et la douleur de chacun et s’atteler à les satisfaire et les apaiser avec ses modestes moyens. Avec des mots quand il ne lui reste que les mots. L’expérience lui a montré cependant, que même sur le chemin de la bienfaisance il risque de s’enliser…
-- Voilà le café !
-- Alors, dis-moi, comment vas-tu ?
-- Pas bien.
-- Qu’est ce que tu as ?
-- J’ai été voir le médecin comme tu me l’as conseillé…
-- Et alors ?
-- J’ai fait une échographie.
-- Et alors ?
 -- J’ai un kyste dans mon petit ventre.
-- Voyons, un kyste, ce n’est pas grave je crois.
-- Mais je veux que personne ne sache ça, je ne l’ai même pas dit à mes sœurs et frères, seuls ma mère et mon père sont au courant…
-- Et le médecin ? Qu’est qu’il t’a dit ?
-- Il m’a prescrit des médicaments et m’a dit que je vais guérir…j’ai raconté aux autres que j’ai mal aux poumons, je ne veux pas qu’ils sachent.
-- Heureusement que ce n’est pas grave ! Je connais beaucoup de gens qui ont eu ce kyste et qui ont facilement guéri.
 Il ne sait pas pourquoi elle ne semble pas le croire, l’écouter. Elle hésite puis répète :
-- Je ne veux pas qu’ils sachent…
-- Ne pense pas aux autres ! Prends correctement tes médicaments et tu verras, tu guériras !
Il enchaine en souriant pour banaliser la situation :
-- Et c’est pour ça que tu ne réponds plus au téléphone ?
-- Je ne réponds plus ! Je ne veux entendre personne me dire des jolis mots alors que je sais que je ne vaux plus rien. Maintenant,  j’aime entendre le téléphone sonner le plus longuement possible, j’aime que ça persiste pour que je puisse montrer par mon silence à ceux qui m’appellent que je n’existe plus.
-- Tu t'affoles pour rien, ça va passer!
-- Je crois que c’est un nuage qui ne passe pas…  
-- Comment ça ?
-- Je ne t’ai pas dit toute la vérité.
-- Quoi ?
-- Le problème et que le kyste va retarder de trois mois l’intervention chirurgicale que je dois obligatoirement subir. Le médecin m’a affirmé qu’il est impossible de  s’attaquer à la tumeur que j’ai dans l’utérus avant que ne disparaisse le kyste…comment puis-je attendre alors que, disons-le, le cancer continuera à me ronger durant tout ce temps ?
Elle s’approche de lui, pose sans tête sur son épaule et commence à sangloter :
-- Je ne dors plus la nuit ! Me retrouvant seule et sans occupations je ne pense qu’à ma maladie. J’ai peur ! J’ai peur !
Il se tait. Il sait qu’elle verrait un pleur dans un sourire consolateur de sa part. Il devine de quel ciel elle retombe. Que de concessions doit-elle faire ! Que de renoncements ! Que de résignations ! Que de souffrances doit-elle endurer devant l’indifférence de ses proches, eux-mêmes victimes d’impuissance. Son petit village finira par tout savoir et excrétera la pitié dans tous les coins de rue.
Mais comme il est tout espoir, il lui fait savoir que ce mal est guérissable dans une grande proportion ; qu’il faut peut-être revenir au médecin plutôt que prévu, et surtout ne pas trop se torturer.
-- Je ne dors plus…
Il se tait. Il sait que pour entretenir un malade dans un petit village isolé, il faut de l’argent pour acheter tous les médicaments nécessaires, une voiture pour le transporter en cas de complications, une certaine connaissance dans ses alentours. Et tout cela fait défaut.
-- Je risque de ne plus avoir d’enfant après l’intervention…
Il se tait. Il se souvient des visages qu’il avait connus et que ce même mal a emportés. Il sent sur son épaule la chaleur de la tête brulante de la jeune fille ; il la fixe longuement ; et contre toute attente, recouvrant son orgueil et sa fierté,  elle lui esquisse à travers ses larmes un sourire angélique volé d’on ne sait quel paradis. Il baisse les yeux pour regarder le ciel de son être et entrevoit un nuage  qui venait de naitre en lui, répandant ses tentacules vers tous les horizons comme pour boucher toutes  les issues aux espoirs.
publié par ATTOURA Bachir dans: attourabachir
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10    

Portail de l'emploi 100% gratuit

Créer un blog sur dzblog.com - Contact - C.G.U. - Reporter un abus