
Nul ne sait comment le village avait poussé la première fois en cet endroit isolé. Les hypothèses et les avis diffèrent. Ils diffèrent tellement qu’on préfère n’en rien savoir que de se perdre dans le labyrinthe de son histoire. Peut-être, l’homme qui fut le premier à s’y installer, las de la nudité des terres qui le mettaient tant à découvert, était attiré par l’abondance de la forêt qui couvre les lieux. Et rien n’empêche de penser que c’était une femme qui fugua et vint s’y refugier ; les siens, accourant à sa recherche, découvrirent ce coin qui les retint par sa beauté et sa fertilité.
Le village est plongé dans le chagrin et l’inquiétude en cette fin de mois de novembre. Il y a trois semaines, une femme qui était allée chercher comme d’habitude du bois à la forêt, est retrouvée pendue à un arbre à l’aide de sa propre corde. On pensa au suicide. Mais tout le monde repoussa l’idée tant cette femme ne semblait guère avoir la moindre raison qui augurait un tel acte.
L’évènement serait vite oublié si, après quelques jours, son mari ne fut pas retrouvé, à son tour, mort dans la forêt, tué par son propre fusil. Les plus bavards du village ne surent que chuchoter. Tout le monde se taisait à l’enterrement. L’imam qui prononçait les dernières paroles avant d’introduire le défunt dans son éternelle demeure, se réjouissait de l’étonnant silence qui planait. Il passait son message aisément, croyait même atteindre au plus profond l’assistance qui, en d’autres circonstances, se rebellait et le blessait de son indifférence. Il y avait dans les cœurs plus de nuit que de jour, comme s’ils se conformaient aux lois de l’hiver qui s’annonçait.
Au moment où les autorités enquêtaient pour éclaircir le mystère et mettre la main sur l’éventuel auteur des crimes, un autre évènement survint. Le frère de la défunte est retrouvé inconscient dans la forêt, avec une blessure à la tête jugée grave. Les gendarmes qui croyaient en tirer profit pour mener à bien leur enquête, vite déchantèrent. Le blessé tarda à reprendre l’usage de la parole et parait ne savoir lui-même ce qu’il lui était arrivé. La rumeur allongea la liste des victimes ; furent ajoutés tous ceux qui ont disparu du village ces derniers temps. Les gendarmes passèrent au peigne fin toute la forêt. Rien. Ils interpelèrent et interrogèrent plusieurs suspects puis les relâchèrent. Que faire ? Ils interdirent aux habitants de se rendre à la forêt et sortir la nuit.
On devait donc rentrer chez-soi, barricader sa porte et prêter l’oreille ; on ne sait jamais, le monstre, ne trouvant rien à se mettre sous la dent, pourrait descendre et s’introduire dans les habitations. Le bruit du plus petit bout de papier, mu par le plus faible des vents nocturnes, se faisait aisément entendre.
Said se tire doucement de son lit mais la main tremblante de sa femme le retient. « Ne sors pas, ne me laisse pas seule ». Il se recouche. Il croyait qu’elle s’était endormie. Il ne supporte pas de rester enfermé, sans même faire son habituelle promenade nocturne dans le jardin. Il n’arrive pas à admettre qu’on le prive de sa passion. Comment pourra-t-il résister à ses nuits de chasse ? Comment pourra-t-il laisser une nuit filer sans tendre ses pièges dans la forêt ? Et comment ose-t-on lui soustraire sa liberté de risquer…Sa passion bien enracinée en lui et son vouloir de braver les fous des interdits arrivent à vaincre sa peur et son angoisse. Il décide d’aller poser ses pièges et attendre dans la forêt jusqu’à l’aube. Il aura plus de chance de faire de bonnes prises en l’absence des autres chasseurs. Il aura même le loisir de s’approprier temporairement leurs territoires. Il ne reviendra pas bredouille.
Il attend maintenant que sa femme passe à une étape plus profonde de son sommeil. Elle gâtera tout si elle se réveille…Mais il la connait bien, dès qu’elle commence à ronfler il pourra partir.
Clac ! Said accourt, il dégage le gibier du piège, l’égorge, le met dans le sac en savourant cette satisfaction dont seuls les passionnés connaissent la véritable douceur. Il regagne sa cachette. Il est à son troisième lièvre. Il attend le claquement de son quatrième et dernier piège.
« C’est une nuit faste, juge-t-il; si les autres chasseurs étaient là les choses se seraient passées autrement ; Il y aurait eu beaucoup de bruit ; le gibier aurait pressenti le danger. J’ai eu raison d’avoir le courage de sortir au moment où la peur hante le village. J’en suis récompensé, je suis libre, toute la forêt m’appartient en ce moment ».
S’ils étaient là, ils l’auraient détourné de ce beau paysage nocturne. La pleine lune a donné à l’endroit un autre visage. Les arbres étalent leurs ombres comme en plein jour. Les pierres en faux marbre, éparpillées ça et là, comme habillées, une à une, par la lune en… personne, brillent, offrent au ciel reflets et scintillements en guise de remerciement.
Clac ! Said accourt, arrive à l’endroit où le quatrième piège était tendu. Un homme est là. C’est lui qui a produit le déclic.
-- Said ! Prends tes pièges et rentre chez-toi, il est presque l’aube !
-- Oui, oui, répond Said en s’apprêtant à s’exécuter sans chercher à trop savoir, car il a déjà reconnu l’homme qui lui tourne le dos maintenant, s’en va en hâtant le pas ; sa hache brille chaque fois qu’il traverse une zone éclairée.
A suivre….
Commentaires
Commentaire n° 1 posté par: insoumise(site web) le 22/12/2007 - 08:50:05
Rebelle est insoumise grrrrrrrr! ô qu'il est rude le chemin vers ton coeur mdrrrr. tu as fait désèspérer Vagabond lollll...mais chut! il es là! je sens sa présence. Sa protection.
Quant à notre fantôme, attendons la suite! Merci pour ta visite belle et rebelle lolll!
Commentaire n° 2 posté par: Bachir(site web) le 22/12/2007 - 16:15:17
Bien bien, encore du suspense, ca me plait. annonce nous juste le nombre d'épisodes ...
Commentaire n° 3 posté par: tarik(site web) le 22/12/2007 - 19:18:10
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hum bachir tu vas encore nous tenir en haleine! mais ça fait du bien!
ps: rebelle reviendra si le vagabond revient sinon, NON (rire)