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attourabachir

Pseudo: ATTOURA BachirCatégorie: Littérature, poésieDescription:
Poèmes et nouvelles
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Mardi 08 Janvier 2008
Le sept février 1989, dix-huit heures. L’avion devait s’envoler sur Oran à vingt heures. Les rumeurs qui circulaient à l’Aéroport Houari Boumediène me firent croire un moment qu’aucun avion ne partirait.
« C’est faux ! me dis-je, voilà qu’on place la plaque pour le départ sur Constantine ». Les voyageurs en partance vers cette ville se ruèrent comme d’habitude sur le guichet pour retirer leurs billets d’accès. « C’est faux ! Voilà qu’on place la plaque de Ouargla». La scène se répéta. Comme d’habitude.
Je fus donc réconforté, malgré qu’on avait écrit à la craie sur un tableau qui me rappela l’école, qu’il y aurait des retards « indéterminés » pour les prochains vols.
Je me consolais : « On partira tous ; on ne peut pas laisser les gens passer la nuit dans une salle d’attente. C’est insensé. »
Je sortis alors mon « Horizons ». Je lis les blagues, le proverbe du jour, les messages gratuits, les lettres des lecteurs. Je parcourus ensuite le supplément réservé au projet de la nouvelle Constitution. J’y trouvais du nouveau. Du positif. Je fus tout espoir. Je refermai le journal et le refourrai dans mon sac.
Je me levai pour aller prendre un café. La boisson ressemblait à tout sauf à du café. Cela ne m’étonna nullement ni me chagrina. L’habitude de se faire avoir tout le temps s’avéra utile et nourrît ma patience.
La plaque d’Oran. Je courus au guichet. J’étais le premier à présenter mon billet à l’employé ; du jamais-vu pour moi qui suis habitué au fond des classes et à la queue des queues. Mais je ne fus pas servi le premier. Ils étaient là, les autres, comme s’ils tombaient du ciel. La bousculade, comme d’habitude. Enfin, tout le monde est servi.
On entra dans la salle d’attente. Le mot « attente » y jouissait de son plein sens. Il en déborde.
Vingt heures, le moment du départ. On était encore là. L’avion allait faire du retard. Comme d’habitude. Et comme d’habitude, chacun devait trouver de quoi passer le temps. Le tuer. Je ressortis mon journal, relis cette fois plus lentement le projet de la Constitution.
Vingt heures et demie. Rien. Je commençais à observer les autres passagers. Il y avait des jeunes, des vieux, des couples, des enfants, des femmes seules. Il y avait des gens qui draguaient, comme d’habitude. Je prêtai l’oreille pour écouter de quoi parler ceux qui étaient à mes cotés. Rien d’important. J’allais oublier! Il y avait aussi une équipe de sport qui devait disputer un match à Oran.
Il me vint à l’idée d’aller téléphoner à ma famille. Beaucoup de gens faisaient la chaine devant la cabine. Comme d’habitude. J’y ajoutai un chainon. Et vint mon tour ; je composai plusieurs fois le numéro mais personne ne répond à l’autre bout du fil. Je tentai d’essayer encore une fois mais me ressaisis, car en me retournant, je m’étais heurté à des dizaines d’yeux qui me dévoraient, l’énervement et le reproche en jaillissaient à flots. Je cédai alors la place.
Vingt-deux heures. On fut appelé à embarquer. Ouf ! Enfin !
On s’installa dans l’avion. J’avais choisi un siège près des hublots ; j’aime voir du ciel les villes scintiller la nuit.
L’avion s’attarda, se transforma en une autre salle d’attente. Le doute et l’inquiétude commençaient à planer sur les visages des passagers.
Vingt-deux heures et demie. On nous annonça froidement : « Nous avons le regret de vous informer que le vol est annulé ».
Ça tombe comme un couperet sur nos têtes. Les passagers crièrent tout haut leur mécontentement.
-- Ce n’est pas possible !
-- Mais où allons-nous maintenant ?
-- Pourquoi nous-a-t-on pas averti à l’avance ?
-- On ne descend pas de l’avion !
-- On ne descend pas de l’avion !
Cette décision acquit la majorité.
Avant l’annulation du vol, j’avais fait, comme d’habitude, mes calculs : « Je serai à l’aéroport d’Oran à vingt-deux heures cinquante, je prendrai un taxi à soixante dinars, et me voilà chez-moi. Peu importe si la Société refuse de me rembourser les frais de taxi faute de pièces justificatives ».
Mais tout avait changé, et mon calculé était à refaire : « Voyons ! Où pourrai-je aller ? A l’hôtel ? Je ne trouverai pas de chambre à cette heure-ci. Prendre le train ? Il est déjà parti. Prendre un taxi ? Je n’ai pas assez d’argent. Retourner à la salle d’attente ? Il y fait très froid». Je préférai ne rien faire.
Les deux européens qui se trouvaient à bord, non habitués à ce genre de situation, gueulèrent jusqu’à ce qu’ils se lassèrent, puis quittèrent l’avion ; ils furent suivis par l’équipe de sport. D’autres passagers descendirent. L’avion se vidait.
L’avion s’arrêta de se vider. Un peu plus d’une cinquantaine de « têtes dures » ne bougèrent pas de leurs sièges. J’en faisais partie. Je ne restais pas par solidarité ; je n’avais pas le choix. Je n’avais pas prononcé un mot depuis le début ; j’observais sans intervenir.
Le commandant de bord et ses subordonnés apparurent.
-- Vous êtes en train de perdre votre temps, dit le commandant, l’avion ne décollera pas.
-- Mais pourquoi ? intervinrent plusieurs voix.
-- Le service technique refuse de nous assister pour le décollage.
-- Vous êtes le commandant, vous pouvez faire quelque chose pour nous.
-- Au sol, ce n’est pas moi qui suis responsable.
-- Qui en est responsable alors ?
-- Le chef d’escale.
-- Ne peut-il pas venir nous parler ?
-- Il n’est pas ici ; voilà son intérimaire qui arrive.
L’intérimaire monte dans l’avion, l’air grave :
-- Nous vous prions de descendre, l’avion ne partira pas.
 
A suivre….
publié par ATTOURA Bachir dans: attourabachir

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