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Pseudo: ATTOURA BachirCatégorie: Littérature, poésieDescription:
Poèmes et nouvelles
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Mercredi 09 Janvier 2008
-- Mais où allons-nous alors ? Il fait nuit, il y a des enfants, des femmes, des vieillards…Ici nous sommes au moins à l’abri du froid et de l’insécurité.
-- Vous devez descendre ; occuper l’avion n’est pas une solution.
-- Nous ne l’occupons pas ; vous nous aviez donné les billets d’accès ; vous nous aviez fait monter à bord et maintenant vous nous dites que le vol est annulé.
-- Que voulez-vous qu’on vous fasse alors ?
--…Nous chercher où passer la nuit ; un hôtel.
Le chef d’escale par intérim se retourna vers le commandant de bord, lui adressa quelques paroles, parla aussi à ses propres collaborateurs qui l’avaient rejoint, puis annonça :
-- Bien, on va téléphoner pour vous réserver des chambres.
Et il sortit.
Le commandant de bord prit la relève ; des questions, des réponses ; comme s’il donnait une conférence de presse. Il était toujours souriant. « Comme il est patient ! l’admirai-je. Sans cette patience, ne pus-je m’empêcher de penser, il ne serait pas devenu commandant ».
Quelques passagers, dont deux femmes, s’étaient distingués du groupe. C’est eux qui menaient les négociations. Un homme blond, les moustaches ornant bellement ses lèvres, accompagné de sa femme, criait plus que tous les autres. Son épouse l’épaulait. Une autre femme, médecin, l’esprit aiguisé par la précision et la rigueur, nous défendait ardemment. « Chapeau pour les femmes, murmurai-je en me reprochant mon silence». La voix d’une jeune fille ne dépassant pas les dix-sept ans s’éleva. Très énervée, la fille cria jusqu’à en pleurer ; elle traita tout le monde de tous les noms. Elle accusa de lâcheté ceux qui descendaient de l’avion. Un militaire se plaignait de perdre une partie de sa permission dans cette interminable attente. Un vieux couple qui revenait de la Mecque jugea et condamna à la pendaison immédiate les responsables de cette situation.
Peu après, le vieil homme ordonna à sa femme de quitter l’avion ; il en avait assez. Des voix s’élevèrent :
-- El-Hadja ! El-Hadja ! Dites au vieux de rester !
Elle répliqua froidement :
-- Je ne suis pas de ces femmes d’aujourd’hui qui commandent leurs maris.
«  Les femmes d’aujourd’hui », touchées par ses propos, furieuses, lancèrent :
-- Nous aussi, nous ne commandons pas nos maris, vous faites erreur !
Elles avaient ôté à la vieille femme son titre « El-Hadja ».
Après le départ de ce couple, je comptai les têtes qui restaient ; plus d’une quarantaine. Ça allait faire durer « l’occupation ». On avait désigné deux agents de l’ordre pour nous surveiller.
Minuit. Une voiture stationna près de l’avion. C’était le chef d’escale par intérim qui revenait.
-- Silence ! On s’est arrangé pour vous restaurer et héberger cette nuit à l’hôtel El-Manar.
-- A l’hôtel El-Manar ?
-- Oui.
-- Cet hôtel est situé loin d’Alger-Centre, et le prix d’un taxi est de cent cinquante dinars ; comment allons-nous faire pour retourner demain à l’aéroport ?
-- Vous resterez là-bas jusqu’à nouvel ordre.
-- Jusqu’à nouvel ordre ? Et si ça dure une semaine ?
-- Je vous ai dit qu’on va vous prendre en charge ; il y a un autocar qui va vous transporter maintenant puis vous ramener demain.           
C’était trop beau pour être vrai. Trouver plus de quarante places dans un hôtel aux alentours d’Alger, en une heure si tardive, frôlait l’impossible.
-- Et qu’est-ce qui nous garantit que c’est vrai ? Qui nous dit que vous ne voulez pas nous faire descendre de l’avion et nous exposer aux forces de l’ordre qui nous obligeront d’évacuer la piste ?
-- Je vous donne ma parole !
-- Il nous a donné sa parole, intervint un jeune homme en se préparant à quitter l’avion, on doit maintenant descendre.
-- Nous ne descendons pas ! Nous ne croyons pas à sa parole ! Nous exigeons un écrit !
-- Un écrit ! s’exclama l’intérimaire ; mais vous exagérez. Vous aviez demandé qu’on vous héberge ; on vous a trouvé des chambres, et vous vous entêtez à rester dans l’avion ; tant pis pour vous !
L’intérimaire du chef d’escale, désespéré, s’en alla. Le commandant de bord reprit la relève.
-- Je vous informe qu’il n y aura aucun vol demain. Aucun avion de la Compagnie ne décollera de cet aéroport. Vous n’aboutirez à rien en restant ici. Au contraire, vous courrez de gros risques ; une simple  étincelle peut causer un incendie. Vous savez qu’il y a un moteur qui tourne ; si vous ne descendez pas, je l’arrêterai, éteindrai les lumières et m’en irai.
-- Vous ne pouvez pas vous en aller, vous êtes responsable de l’avion tant que nous sommes ici.
-- Non, vous vous trompez, je ne suis pas responsable quand l’avion est au sol, c’est le chef d’escale qui est…
-- Non ! C’est vous !
-- Non ! Ce n’est pas moi !
-- D’ailleurs on commence à douter que vous êtes complice avec ce mécanicien qui avait refusé de donner le feu vert pour le décollage.
-- Pas du tout, vous pouvez le lui demander de vous-mêmes, il et là, dehors.
Le mécanicien monta à bord.
-- C’est vous le mécanicien ?
-- Oui, c’est moi.
-- Et pourquoi avez-vous fait ça ?
-- je revendique mes droits.
-- Vos droits ? Mais vous nous bloquez ; il y a des familles qui nous attendent ; il y a ici des gens qui ne supportent pas ces conditions. Ce n’est pas une façon de revendiquer vos droits.
-- J’ai le droit de faire la grève !
-- Vous n’avez pas le droit !
-- N’avez-vous pas lu la constitution ?
-- C’est un projet de constitution qu’on n’a pas encore voté.
Quelques passagers tentaient d’apitoyer le mécanicien :
-- Nous vous prions de faire votre travail pour que nous puissions rentrer chez-nous. Nous prions Dieu pour que se résolvent tous vos problèmes.
-- Non ! répondit sèchement le mécanicien en quittant l’avion.
Le commandant de bord, toujours souriant, revint à la charge.
-- Je regrette, mais je suis obligé de stopper le moteur et partir ; vous allez mourir de froid.
Il ne mentait pas ; le moteur fut arrêté. Le commandant et ses subordonnés quittèrent l’appareil. Nous restâmes dans le noir. Un froid d’acier commençait à nous geler les pieds.
 A suivre…
publié par ATTOURA Bachir dans: attourabachir

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