Présentation

attourabachir

Pseudo: ATTOURA BachirCatégorie: Littérature, poésieDescription:
Poèmes et nouvelles
Recommander ce blog
Jeudi 10 Janvier 2008
Un enfant, le seul qui restait à bord, pleurait, toussait ; son père s’inquiétait. La femme médecin ausculta le petit garçon et demanda qu’on apporte la boite à pharmacie. On ne la trouva pas. Une autre femme descendit alors de l’avion et alla chercher des médicaments. Elle revint peu après bredouille.
La maladie de l’enfant fait revenir à bord l’intérimaire du chef d’escale et ses collaborateurs. Le commandant revint aussi mais seul ; le reste de l’équipage s’était certainement lassé de supporter l’obstination du singulier groupe.
Le moteur redémarra, l’intérieur de l’avion s’illumina et la climatisation fut activée. On demanda au commandant où était la boite à pharmacie.
-- Il n y a pas de boite à pharmacie, les autres l’ont emportée avec eux.
-- On n’emporte pas la boite à pharmacie quand on quitte l’avion, s’écria un passager.
-- Ne vous énervez pas, le calma un autre en ironisant, elle ne contient rien du tout, elle ressemble à celle d’un taxi.
Le commandant perdit tout d’un coup son sourire, son visage s’assombrit. Une dispute éclata entre lui et le passager qui se moquait. Ils arrivèrent aux mains, s’accrochèrent ; tout le monde était contre. Vite, on les sépara.
Une ambulance fut appelé, elle emmena la femme-médecin chercher les médicaments. Elle revint peu de temps après, nous informa qu’elle n’a rien trouvé à l’aéroport mais qu’elle s’est débrouillé quelque part de quoi calmer le mal de l’enfant.
Elle lui administra une injection qui vite l’endormit. Le calma se réimposa.
Le chef d’escale par intérim tenta encore de nous convaincre mais en vain. Les passagers lui exigèrent cette fois un autocar pour les transporter directement chez-eux. Il s’en alla pour ne plus revenir.
Le commandant de bord, fort sympathique, ressurgit. Il avait retrouvé son sourire habituel. Il semblait déjà regretter son emportement. Il s’efforçait de s’en excuser mais pas ouvertement ; son orgueil paraissant l’empêcher.
Nous lui posions des questions sur le pilotage, sur la grève et notre inconfortable situation. Il nous répondait aisément. Il nous fit savoir encore une fois que nous perdions notre temps, et qu’il n y aura pas de vol le matin. Il nous expliqua aussi que s’il avait décollé sans l’avis du mécanicien il aurait risqué la perte de sa licence.
-- Et puis après ? Vous avez un bon métier, vous pouvez aller travailler à l’étranger, vous serez payé en devises.
-- Non ! Je ne suis pas un mercenaire ; l’argent n’est pas tout. J’aime vivre parmi les miens, au sein de ma famille et mes amis. J’aime mon pays ; je sais qu’il y a beaucoup de problèmes mais…
-- C’est du bluff, lança quelqu’un du fond de l’avion.
A une centaine de mètres de nous, un avion s’apprêtait à décoller. Il partait à Djeddah. Il avait une heure de retard. «  C’est à cause de vous, nous dit-on ».
-- Et pourquoi le service technique vient d’assister cet avion ?
-- Des passagers sont allés chercher le mécanicien chez lui, nous éclaira le commandant.
-- Ce mécanicien ne peut-il pas nous aider ?
-- C’est trop tard, je suis seul à bord, il n y pas d’équipage.
Le commandant ne put plus tenir. Il distribua les cinq couvertures qui se trouvaient dans l’appareil, montra à un passager ce qu’il y avait dans le réfrigérateur puis alla arrêter le moteur qui tournait encore avant de quitter l’avion. Définitivement. Il était trois heures du matin ; nous fûmes replongés dans l’obscurité. Le froid nous regagnait.  
Quelques passager rigolaient, racontaient des blagues qui élevaient, ça et là, des éclats de rire. D’autres dormaient profondément. Les deux policiers chargés de notre surveillance se blottissaient dans leurs sièges à l’arrière de l’avion.
Il commençait à faire très froid, je n’arrivais pas à fermer l’œil. J’attendais impatiemment le matin et la fin de cette drôle histoire.
L’aube. On retira du réfrigérateur les cinq bouteilles de limonade et deux citrons. Ce qu’il contenait. La boisson fut distribuée entre les passagers. Tous les passagers. Le serveur nous versait quelques gouttes au fond de nos verres. On se débrouilla peu après une bouteille de…café et quelque croissants ; le tout fut partagé de la même façon.
Je brulais de fumer une cigarette. Mais nous nous étions interdit de fumer par mesure de sécurité. Cette interdiction ne tint pas longtemps. Je fus ravi de constater que quelques passagers ne la respectaient plus ; je sortis alors mon paquet d’« Afras ». J’allumai une cigarette ; j’en tirai mes bouffées avec un plaisir inégalable. Et je sentis comme si la fumée me réchauffait de l’intérieur.
Le groupe perdit encore trois membres de son nombre. L’enfant malade, son père qui s’était excusé avant de partir, et la jeune fille qui la veille était devenue folle de rage. Il restait quarante trois passagers parmi lesquels la femme médecin, une vieille femme qu’on avait nommée « El-hadja », une jeune fille seule, entièrement indifférente, qui avait dormi toute la nuit sans broncher ; et l’épouse de l’homme aux belles moustaches.
Un mélange de solidarité, de sympathie, de confiance, régnait au sein du groupe. On agissait comme si on se connaissait depuis longtemps. Chacun trouvait une certaine assurance auprès des  autres, une certaine sécurité.
Sept heures et demie. Deux autobus-navettes, d’une largeur exagérée, confortant leur laideur, stationnèrent près de l’avion. Une armée d’agents de l’ordre en descendirent, les uns en uniformes, d’autres en tenues civiles, talkies-walkies à la main. L’avion fut envahi.
A suivre…
publié par ATTOURA Bachir dans: attourabachir

Portail de l'emploi 100% gratuit

Créer un blog sur dzblog.com - Contact - C.G.U. - Reporter un abus