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Pseudo: ATTOURA BachirCatégorie: Littérature, poésieDescription:
Poèmes et nouvelles
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Samedi 09 Février 2008
Elle ne lui téléphone plus, ni ne répond à ses appels. Il ne trouve aucune raison qui justifie ce silence. Il vient de faire revenir des souvenirs à la surface de sa mémoire et vérifier la teneur de ses propos lors de leurs récentes rencontres ; rien de blessant. Il la connait maintenant depuis des années. Il la connait orgueilleuse, têtue, capable de claquer une porte à la face de n’importe qui. Mais, hormis ses moments d’énervements, elle est tout le temps gaie, enjouée, esquissant en permanence un sourire innocent qui met le plus méfiant en confiance et guérit la timidité.
Elle bouclera à la fin de cet hiver son vingt-sixième printemps. Elle ne pense pas au mariage mais au choix du mari. Le voisin qui ne cesse de l’implorer lui paraît trop gosse, quoique plus âgé qu’elle. Et puis, elle ne souhaite pas se marier dans son petit village natal. Le mariage n’a pas un véritable sens s’il n’est pas source d’un profond changement. On y part pour d’autres êtres, pour d’autres lieux. Elle rêve des bienfaits de l’anonymat des grandes villes. Parfois son espoir ose aller au-delà des frontières. Elle est si sûre de sa personne, elle tire cette assurance des éloges de l’alentour. 
 Elle ne téléphone plus, ni ne répond à ses appels. Il ne sait pas pourquoi il n’arrive pas à oublier comme d’habitude les gens qui le boudent. Il a été toujours libre, indépendant, durant son demi-siècle de vie. Il a toujours cru qu’il était maître au sein de sa famille. Il permet à sa femme de s’exprimer pleinement, il encaisse en silence quand elle a raison mais réagit fermement quand il se sent injustement piétiné. Il arrive à supporter les tracasseries de ses enfants en se remémorant ses propres folles imprudences quand il était gamin. Il cassait tout sur son chemin, il s’enfuyait de l’école, volait de l’argent à ses parents, et faisait pipi au lit toutes les nuits.
Au fil de leurs rencontres, elle se révélait de plus en plus à lui. Elle aime avoir un compagnon pour sa vie comme lui. Elle aime avoir des enfants comme les siens. Elle le trouve discret et compréhensif, c’est pourquoi elle lui faisait part du moindre ennui, du moindre mal, le sachant réconfortant. Et amusée elle lui racontait ses nuits passées au téléphone avec des inconnus. Le portable à transformé son mode de vie, lui a permis de braver sans risque quelques tabous, s’exprimer pleinement, se faire entendre quelque part, connaitre d’autres gens et les écouter à en rougir.
Il frappe à sa porte. Comme d’habitude, heureuse de le voir, elle l’embrasse et l’invite à s’asseoir dans la grande salle assombrie par des rideaux rouge sang. Il lui reproche, l’air amusé, d’avoir ignoré ses appels ces derniers temps. Elle répond sans convaincre :
-- j’en ai assez du téléphone ; je ne parle plus à personne.
-- Et pourquoi ?
-- Je vais te préparer le café !
-- Non je ne suis que de passage
-- Reste avec moi un peu ! Je vais te préparer le café !
Bizarre ! Il trouve qu’elle a beaucoup changé en si peu de temps, en moins d’un mois. Il la regarde se diriger vers la cuisine d’une allure tout autre, comme celle d’une fille qui se sent vide et croit n’avoir rien de valeureux en elle à exhiber.
Il pense en attendant le café à cette curieuse situation. La jeune fille s’est attachée à sa personne mais elle sait, comme lui d’ailleurs, qu’il n y aura aucune issue à cette relation. Une relation qui se situe à mi-chemin entre l’amour et l’amitié. Il a presque le double de son âge ; il est marié et père de beaucoup d’enfants. Elle est à la fleur de l’âge et rêve comme toute fille d’avoir un homme à ses cotés. Un autre homme. Elle n’a certainement pas besoin de quelqu’un qui ne croit pas qu’avoir une maison, une femme et des enfants , équivaut à vivre pleinement. Il aime appartenir à tout le monde pour que tout le monde lui appartienne. Il aime déserter momentanément sa famille pour aller s’adonner ailleurs à son plaisir de bien faire, de chercher le besoin et la douleur de chacun et s’atteler à les satisfaire et les apaiser avec ses modestes moyens. Avec des mots quand il ne lui reste que les mots. L’expérience lui a montré cependant, que même sur le chemin de la bienfaisance il risque de s’enliser…
-- Voilà le café !
-- Alors, dis-moi, comment vas-tu ?
-- Pas bien.
-- Qu’est ce que tu as ?
-- J’ai été voir le médecin comme tu me l’as conseillé…
-- Et alors ?
-- J’ai fait une échographie.
-- Et alors ?
 -- J’ai un kyste dans mon petit ventre.
-- Voyons, un kyste, ce n’est pas grave je crois.
-- Mais je veux que personne ne sache ça, je ne l’ai même pas dit à mes sœurs et frères, seuls ma mère et mon père sont au courant…
-- Et le médecin ? Qu’est qu’il t’a dit ?
-- Il m’a prescrit des médicaments et m’a dit que je vais guérir…j’ai raconté aux autres que j’ai mal aux poumons, je ne veux pas qu’ils sachent.
-- Heureusement que ce n’est pas grave ! Je connais beaucoup de gens qui ont eu ce kyste et qui ont facilement guéri.
 Il ne sait pas pourquoi elle ne semble pas le croire, l’écouter. Elle hésite puis répète :
-- Je ne veux pas qu’ils sachent…
-- Ne pense pas aux autres ! Prends correctement tes médicaments et tu verras, tu guériras !
Il enchaine en souriant pour banaliser la situation :
-- Et c’est pour ça que tu ne réponds plus au téléphone ?
-- Je ne réponds plus ! Je ne veux entendre personne me dire des jolis mots alors que je sais que je ne vaux plus rien. Maintenant,  j’aime entendre le téléphone sonner le plus longuement possible, j’aime que ça persiste pour que je puisse montrer par mon silence à ceux qui m’appellent que je n’existe plus.
-- Tu t'affoles pour rien, ça va passer!
-- Je crois que c’est un nuage qui ne passe pas…  
-- Comment ça ?
-- Je ne t’ai pas dit toute la vérité.
-- Quoi ?
-- Le problème et que le kyste va retarder de trois mois l’intervention chirurgicale que je dois obligatoirement subir. Le médecin m’a affirmé qu’il est impossible de  s’attaquer à la tumeur que j’ai dans l’utérus avant que ne disparaisse le kyste…comment puis-je attendre alors que, disons-le, le cancer continuera à me ronger durant tout ce temps ?
Elle s’approche de lui, pose sans tête sur son épaule et commence à sangloter :
-- Je ne dors plus la nuit ! Me retrouvant seule et sans occupations je ne pense qu’à ma maladie. J’ai peur ! J’ai peur !
Il se tait. Il sait qu’elle verrait un pleur dans un sourire consolateur de sa part. Il devine de quel ciel elle retombe. Que de concessions doit-elle faire ! Que de renoncements ! Que de résignations ! Que de souffrances doit-elle endurer devant l’indifférence de ses proches, eux-mêmes victimes d’impuissance. Son petit village finira par tout savoir et excrétera la pitié dans tous les coins de rue.
Mais comme il est tout espoir, il lui fait savoir que ce mal est guérissable dans une grande proportion ; qu’il faut peut-être revenir au médecin plutôt que prévu, et surtout ne pas trop se torturer.
-- Je ne dors plus…
Il se tait. Il sait que pour entretenir un malade dans un petit village isolé, il faut de l’argent pour acheter tous les médicaments nécessaires, une voiture pour le transporter en cas de complications, une certaine connaissance dans ses alentours. Et tout cela fait défaut.
-- Je risque de ne plus avoir d’enfant après l’intervention…
Il se tait. Il se souvient des visages qu’il avait connus et que ce même mal a emportés. Il sent sur son épaule la chaleur de la tête brulante de la jeune fille ; il la fixe longuement ; et contre toute attente, recouvrant son orgueil et sa fierté,  elle lui esquisse à travers ses larmes un sourire angélique volé d’on ne sait quel paradis. Il baisse les yeux pour regarder le ciel de son être et entrevoit un nuage  qui venait de naitre en lui, répandant ses tentacules vers tous les horizons comme pour boucher toutes  les issues aux espoirs.
publié par ATTOURA Bachir dans: attourabachir

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